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Écrit par Administrator   
Vendredi, 31 Octobre 2008 17:44

Il s’agit d’une maladie inflammatoire aigue.  Infection virale épidémique hivernale  du nourrisson (moins de 2 ans), elle est  caractérisée par une obstruction bronchiolaire.

Epidémiologie

La bronchiolite représente environ  460 000 cas par an en France.
Le virus le plus souvent en cause, le virus respiratoire syncytial  (VRS) touche 30% des enfants de moins de 2 ans et 70 à 80% des nourrissons entre 2 et 8 mois
On assiste  à une augmentation régulière de l’intensité des épidémies ainsi que de la durée et de l’importance du pic épidémique.

Les virus responsables de la bronchiolite :
  • Virus respiratoire syncytial (VRS) représente à lui seul 50 à 80% des cas de bronchiolite  d’octobre à février. C’est un pneumo virus de la famille des paramyxoviridae possédant 3 glycoprotéines transmembranaires
  • L’Adénovirus (qui provoque souvent des troubles digestifs associés)
  • Le Para influenzae
  • L’Influenza (virus de la grippe)
  • Les Rhinovirus
  • Le Virus métapneumonique

Il existe différents modes de contamination :
  • par les gouttelettes de sécrétion projetées lors de la toux ou les éternuements
  • par l’écoulement nasal et oculaire
  • par les mains
  • par l’intermédiaire d’objets souillés

La transmission du virus par un sujet infecté  dure pendant 1 semaine en moyenne mais peut aller jusqu’à 4 Semaines. Les réinfections jouent donc  un rôle essentiel dans la genèse des épidémies

Plusieurs facteurs interviennent  pour expliquer les épidémies de bronchiolites :
  • La promiscuité notamment dans les crèches qui fait que dès qu’un nourrisson est infecté l’épidémie se propage vite.
  • L’inobservance des règles simples d’hygiène telle que le lavage des mains ou le fait de mettre la main devant la bouche lorsqu’on tousse. A  ce propos, il est singulier que l’assurance maladie soit contrainte de réaliser des campagnes publicitaires pour remettre à l’ordre du jour des mesures d’hygiène relevant jadis du bon sens…
  • L’absence d’isolement des malades. Les mamans travaillant doivent rapidement confier à nouveau leur enfant à la crèche dès lors qu’il n’est plus symptomatique…mais toujours vecteur de transmission.

En période épidémique, le VRS  est en effet omniprésent et longtemps infectieux. Lors de la saison de bronchiolite, plus de  50 % du personnel soignant  est porteur de VRS. 5 infirmières sur 7 sont contaminées après des soins à des nourrissons porteurs de bronchiolite.

Le virus reste infectieux  :30 heures sur les surfaces,  1H 30 sur les gants, 30 minutes sur les blouses

Physiopathologie

La pénétration virale se fait d’abord au niveau des  voies aériennes supérieures par  colonisation des cellules épithéliales de la muqueuse nasale.
L’infection gagne ensuite  par contigüité puisque c’est le même épithélium qui tapisse la muqueuse nasale et l’arbre bronchique.
Au niveau de cet épithélium, on assiste à une nécrose  puis des desquamations des cellules ciliées.
L’obstruction est à a fois endoluminale  par des bouchons muqueux  et murale de par l’inflammation pariétale engendrée par l’agression virale, le spasme ne joue qu’un rôle mineur.


Pourquoi les nourrissons sont-ils plus susceptibles de développer cette pathologie et une détresse respiratoire importante ?
D’abord parce que l’épithélium du nourrisson comporte une proportion de cellules à mucus plus importante que l’enfant plus grand ou l’adulte ce qui le prédispose à l’hypersécrétion et donc à l’encombrement.
D’autre part, le diamètre des  bronches en amont de 16ème génération est  proportionnellement  plus étroit chez le nourrisson ce qui  favorise les pathologies obstructives. La distance de la  bouche aux bronchioles est plus courte ce qui  facilite la  contamination virale par contigüité.
Enfin, la ventilation collatérale (pores de Köhn et canaux de Lambert) est rare et peu développée chez le nourrisson ce qui favorise la stase des sécrétions et l’apparition d’atélectasies.

L’infection a lieu en deux  phases :
  • Une phase d’invasion qui dure de 24 à 72 h. Elle est caractérisée par une  rhinite, une toux, un fébricule (< 38°5C)
  • Une phase d’état  de 3 à 7 jours caractérisée par la persistance de la rhinite, une toux devenant quinteuse et parfois  sèche, une gène respiratoire obstructive :
    • dyspnée avec polypnée,
    • expiration freinée,
    • distension thoracique et signes de lutte.
Au début l’auscultation est dominée par les sibilants, puis  des crépitants et des sous crépitants (craquements de haute et moyenne fréquence), apparaissent rapidement. L’auscultation peut être parfois  silencieuse dans les formes graves à thorax très distendu
Des troubles alimentaires accompagnent fréquemment la distension thoracique. Ils peuvent se traduire par un  refus alimentaire, des régurgitations ou un reflux gastro oesophagien (RGO) véritable.

Conséquences mécaniques de la bronchiolite

Du fait de l’encombrement, de l’œdème de la muqueuse et l’éventuelle adjonction d’un bronchospasme, l’équilibre entre les forces physiologiques  de distensions thoraciques et les forces de rétractions pulmonaires est rompu au profit de premières. Il s’en suit une distension thoracique avec décalage du volume courant vers le volume de réserve inspiratoire.
Ceci va être à l’origine des différents signes de tirages.


Conséquences stetho-acoustiques

La réduction de calibre des bronchioles liée à l’œdème, l’encombrement (plus ou moins bronchospasme) se traduit par des sibilants (sifflements) expiratoires ou wheezing .
La présence de sécrétions mobiles dans les bronchioles va se traduire par des craquements (crackles en anglais) de moyenne ou haute fréquence (aigus) appelés traditionnellement crépitants, sous crépitants, gros crépitants ou crépitants fins.

Conséquences ventilatoires

• Dyspnée objectivée par les signes de lutte
• Augmentation de fréquence respiratoire (se mesurant sur 1 minute)
• Hypoxie, hypercapnie

Conséquences nutritionnelles

La distension thoracique se traduisant par une descente du diaphragme, il y a une gêne à l’alimentation qui peut aller jusqu’à la déshydratation.

Conséquences socio-familiales

* Angoisse (des parents et de l’enfant)
* Troubles du sommeil (des parents et de l’enfant)
* Absentéisme professionnel de l’un au moins des parents

Evolution

Elle est très favorable dans la très grande majorité des cas,  les signes d’obstruction ne durant que de 8 à 10 jours. Cependant une toux résiduelle peut persister encore une quinzaine de jours.
La reconstitution de l’épithélium cilié demande deux à trois semaines et l’activité ciliaire ne redevient efficace qu’au bout de  3 à 4 semaines
Une infection bactérienne peut compliquer la bronchiolite d’origine virale.
Les rechutes dans les 2 premières années de vie sont fréquentes et concernent selon les auteurs, jusqu’à  60% des enfants.

Il est communément admis de parler d’asthme du nourrisson à partir du troisième épisode de bronchiolite.

Complications :

Précoces
* Apnées (chez les plus jeunes),
* Détresse  respiratoire aiguë nécessitant une  ventilation mécanique
* Troubles de ventilation (atélectasie)
* Pneumothorax (rare)
* Surinfection bactérienne (40-50%) :
* Myocardite à VRS (rare)
* Dénutrition, déshydratation
* Convulsions liées à l’hyperthermie
Le  taux de mortalité est inférieur à 3,5 % des enfants hospitalisés

Tardives :
A court terme :
* Récidive dans les semaines suivantes
* Symptômes persistants (bronchospasme, encombrement)
A moyen terme :
* 30% environ des nourrissons atteints de bronchiolite développent un asthme, le  risque étant  plus important pour les nourrissons avec un terrain familial ou personnel allergique, un asthme chez la maman et un tabagisme environnemental.
* Un liens avec les pathologies chroniques obstructives  de l’adulte n’est pas encore clairement établi.

Critères d’hospitalisation (d’après la HAS)

* Altération importante de l’état général
* Survenue d’apnée, présence d’une cyanose;
* Fréquence respiratoire > 60 min
* Age< 6 semaines
* Prématurité<34SA, âge corrigé<3mois
* Cardiopathie sous-jacente, pathologie pulmonaire grave
* SaO2<94% sous air et a repos ou lors de la prise de biberon
* Troubles digestifs compromettant d’hydratation ou déshydratation avec perte de poids>5%
* Difficultés psychosociales
* Présence d’un trouble ventilatoire objectivé par une radio de thorax

Bilan

Interrogatoire :

* Critères de gravité (age, antécédents de  prématurité..)
* Température
* Perturbation du sommeil, de l’alimentation;
* Toux : nocturne, diurne circonstances de déclenchement
* Mode de garde crèche, nourrice..)
* Pathologies concomitantes

 

Examen clinique

Voies aériennes supérieures :

  • Ventilation naso-nasale, naso-buccale, buccale ?
  • Écoulements nasaux, nez bouché ?



Voies aériennes inférieures :

  • Fréquence ventilatoire
  • Signes de tirage : score de Silvermann / Score de Wang / RDAI


Aspect toxique (marbrures, Temps de recoloration allongé, teint gris),
Auscultation

Traitements

Mesures générales…
- Isolement protecteur (lavage des mains, éviction des collectivités)
- Position en décubitus dorsal surélevé
- Libérer les voies aériennes : désinfection rhinopharyngée  
- Alimentation fractionnée et épaissie
- Aération correcte de la chambre, T° <19°C
- Éviction du tabagisme passif +++
- Informations sur les signes de gravité

Traitements médicamenteux :
• Antipyrétiques (Traitement de la fièvre)
• Bronchodilatateurs Bêta2-mimétiques et/ ou anti cholinergiques : ne sont pas recommandés dans un premier épisode de bronchiolite mais peuvent être testés dans les formes graves ou récidivantes
• Antibiotiques : ils  n’ont pas d’indication dans la bronchiolite (pas d’effet sur les virus) sauf si  il existe des signes de surinfection bactérienne (fièvre > 38°5 pendant 3 jours / récidive de la fièvre / pneumopathie /otite…)
• Les  anti-tussifs ou des fluidifiants ne sont pas recommandés
• Le sérum salé hypertonique à 3% : une récente méta analyse de la Cochrane Library montre que son utilisation peut réduire les durées d’hospitalisation et améliorer le score clinique de gravité (lien biblio bronchio)
• L’efficacité des corticoïdes par voie systémique ou inhalée n’a pas été montrée dans un premier épisode de bronchiolite. La corticothérapie inhalée peut  cependant être discutée devant des symptômes persistants.

* Vaccins
Il n’existe pas actuellement de vaccin contre le VRS. Des  immunoglobulines spécifiques anti-VRS (Synagis®) peuvent être prescrits  mais restent réservées pour des cas particuliers  (antécédents récents de prématurité, cardiopathies, mucoviscidose)

* La kinésithérapie respiratoire :
La kinésithérapie respiratoire a été recommandée par la conférence de consensus de  septembre 2000 (HAS) sur des présomptions d’efficacité (Grade C : avis d’experts). Elle est pratiquée systématiquement en France, Belgique et une partie de la Suisse à la différence du reste du monde qui la considère comme inutile voire nuisible (voir biblio).

Les techniques sont basées sur

  • la désobstruction  des voies aériennes supérieures : instillation de sérum physiologique, aspiration nasopharyngée ou drainage rhinopharyngé rétrograde
  • la désobstruction des voies aériennes inférieures : privilégiant les expirations passives et lentes (expiration lente prolongée : ELPr à laquelle on peut assimiler l’augmentation lente du flux expiratoire) et la toux provoquée, ces techniques étant guidées par l’auscultation

Pour plus d’informations sur les techniques de désencombrement , voir les rubriques « actualités en soins », « bilans et diagnostics » et « bibliographie ».

Proposition d’arbre de décision thérapeutique avant séance de kinésithérapie (d’après les critères HAS)

Proposition d’arbre de décision thérapeutique au cours de la séance de kinésithérapie (critères cliniques)

Que faire en cas d’incident au cours d’une séance ?

  • Faire appeler le 15
  • Désobstruer les voies aériennes
  • Vérifier le pouls huméral (plutôt que carotidien chez le nourrisson)
  • Masser le cœur  et pratiquer le  bouche à bouche à nez en cas d’arrêt cardio-respiratoire

Mais le kinésithérapeute ne se borne pas à des gestes techniques de désencombrement « son rôle est essentiel dans la surveillance du nourrisson et l’éducation des familles » (texte court conférence de consensus HAS 2000)

Education des parents

  • Enseignement des techniques d’inhalation aux parents (si des traitements inhalés ont été prescrits notamment lors d’épisodes itératifs et d’évolution vers un asthme)


A chaque bouffée administrée l'enfant doit ventiler une dizaine de fois (compter les déplacements de la valve inspiratoire ou expiratoire)
  • Éducation à la désobstruction des voies aériennes supérieures (installation de sérum physiologique)
  • Éducation à la surveillance des signes d’aggravation (tirage) et  de déshydratation
  • Apprentissage du couchage pour éviter le reflux gastro oesophagien
  • Éducation aux règles d’hygiène (lavage des mains) et d’éradication des facteurs aggravants (tabagisme passif)
  • Information quant à la transmission du virus en collectivité.

 

Prévention

Au cabinet :

  • Lavage des mains entre chaque patient
  • Port de gants et de masque
  • Intérêt des solutions antiseptiques alcoolisés
  • Désinfection des stéthoscopes, des surfaces
  • Drap à usage unique sur la table d’examen
  • Reste le problème des Salles d’attente et des possibles infections croisées entre patients…

A enseigner aux parents :

 

  • Eviter les collectivités
  • Préférer les jouets ou peluches lavables
  • Se laver les mains avant et après s’être occupé du bébé
  • Ne pas embrasser l’enfant sur le visage
  • Evincer le tabagisme de l’entourage du nourrisson


La bronchiolite est une cause de santé publique qui nécessite une prise en charge coordonnée entre professionnels de santé hospitaliers et professionnels de ville afin d’éviter les hospitalisations excessives. Outre la formation continue pour rester au faîte de leurs compétences les kinésithérapeutes notamment devront s’organiser pour assurer une permanence des soins en ville comme à l’hôpital.

Mise à jour le Samedi, 21 Février 2009 05:59
 

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